– une grande exposition : ligne du temps interactive, installations d’artistes, parcours culturel, mythologique, littéraire et cinématographique, objets et messages venus d’un futur plus ou moins imaginaire… ;

– des rencontres : littéraires, scientifiques, (bio)éthiques, philosophiques, etc. pour démêler, confronter, évaluer et tenter de comprendre ;

– des ateliers pour inviter les grands et les moins grands à appréhender les enjeux, pour raconter, débattre et argumenter ;

– des spectacles : comment fut inventé le mot « Robot »1, quand l’homme se fait happer dans un jeu infernal, danse d’une jeune fille avec un robot… ;

– du cinéma : des origines à nos jours, le 7ème art décline les cyborgs, corps hybridés, robots humanisés, empruntant aux mythes, aux utopies et, le plus souvent, aux dystopies.

A l’occasion de ses vingt ans, la Maison du Livre interroge le futur ! Pas de boule de cristal pour autant, c’est le futur « actuel » que nous observerons : le futur vu d’ici, celui qui fait rêver (parfois), qui nous fait peur (souvent), celui qu’on nous prédit, qu’on prétend nous imposer…

Le coeur et la machine

Quel futur voulons-nous et aurons-nous le choix ?

Notre point de départ sera de constater un mouvement simultané, voire convergeant, d’hybridation entre l’homme et la machine : l’humain tendrait à se machiniser, tandis que la machine s’humaniserait. Intelligence artificielle, robotique et algorithmes d’un côté ; prothèses, implants, interventions sur le génome et numérisation des organes de l’autre. En viendrons-nous à abolir la distinction entre vivant et non-vivant ? L’être humain est-il entièrement numérisable ? Nous tâcherons de faire la part du réel, de la fiction, de la mythologie et de l’enfumage.

Les premiers robots sont apparus sur une scène de théâtre où, d’emblée, ces créatures s’émancipaient, se révoltant contre leur créateur. Serions-nous incapables d’imaginer que l’histoire pourrait bien se terminer ?

De tout temps, nous avons projeté nos peurs et nos émotions sur des figures anthropomorphes, la fiction précédant la réalité avant de se faire rattraper. Des robots tueurs aux chatbots de compagnie, des love dols aux chaînes de montage entièrement automatisées, des puces implantées aux exosquelettes, des organes imprimés en 3D aux cerveaux digitalisés, comment cohabiteront machines, hybrides et humains ? Aurons-nous des amis robots ? Ferons-nous encore société ?

L’automatisation des tâches engendrera d’importants bénéfices. Ne devrions-nous pas nous en réjouir ? Quelle société sommes-nous pour acter, sans même en débattre, que ces bénéfices seront capturés par des sociétés privées, sans compte à rendre à la communauté ?

D’aucuns annoncent une guerre entre humains et machines. Face aux intelligences artificielles, nous devrions nous augmenter ou périr. Qui veut cette guerre ? Même lorsqu’elle est capable de s’auto-programmer, la machine ne « veut » rien. Lui prêter un désir de puissance relève de l’anthropomorphisme. Qui se cache derrière ces discours ? Le stade ultime du capitalisme qui remplacerait l’État par l’algorithme à son service ? Existe-t-il un agenda caché ? Et pourquoi l’Europe est-elle absente des grandes multinationales ? Avons-nous déjà entériné notre déclassement ? La guerre est-elle perdue d’avance ?

Que reste-t-il de l’idée de progrès ? De progrès pour tous ? Le progrès est-il une ligne droite parcourue à marche forcée ? Y a-t-il une fuite en avant ou nous vend-on sans cesse la même salade ? Les prophéties transhumanistes sont-elles un discours d’habituation ?

Aux réfractaires de la pensée bio-prophétique, on vante l’allongement de l’espérance de vie. Demain tous centenaires, voire davantage ? Les centenaires actuels sont nés dans un monde moins pollué, moins effréné, moins obsédé par la concurrence… Le prix à payer sera-il de nous débarrasser de nos corps pour migrer vers une caverne de Platon, hors réalité ? On nous présente souvent le monde digital comme immatériel, or il est non seulement énergivore mais il nécessite d’énormes quantités de minerais rares, provocant catastrophes écologiques et exploitation des populations.

Ces questions et bien d’autres animeront notre événement. Plutôt que d’opposer les bio-conservateurs aux technoprophètes, notre but sera d’amener chacun à effectuer sa propre synthèse. Il n’est donc pas l’heure de conclure. Notons tout de même que si les applications gouvernent de plus en plus nos existences, tendant à les robotiser, il est possible d’y résister. La réflexion et la culture permettent de saisir une pensée complexe, inaliénable pour qui consent à cet effort. En somme, plutôt que l’intelligence de la machine, notre véritable ennemi ne serait-il pas la bêtise humaine ?